L’indice ILAT sert de référence pour réviser le loyer des locaux à usage tertiaire, bureaux en tête. Pour un bail de coworking, son utilisation paraît logique, mais elle suppose de vérifier plusieurs points que les clauses types ne couvrent pas toujours. Cet article mesure les écarts entre l’ILAT et les autres indices, détaille la mécanique d’indexation appliquée à un espace de coworking et identifie les situations où le choix de l’indice peut être contesté.
ILAT, ILC, ICC : tableau comparatif des indices applicables aux baux professionnels
Avant de rédiger ou de signer une clause d’indexation, la première étape consiste à comprendre ce que chaque indice mesure et à quel type de bail il s’adresse.
Lire également : Le bon coin location 59 pour locations meublées : mode d'emploi pour s'installer vite
| Indice | Publié par | Fréquence | Activités visées | Composantes principales |
|---|---|---|---|---|
| ILAT | INSEE | Trimestrielle | Bureaux, entrepôts, professions libérales, activités tertiaires non commerciales | Prix à la consommation, coût de la construction, PIB |
| ILC | INSEE | Trimestrielle | Commerces de détail, activités artisanales | Prix à la consommation, coût de la construction, chiffre d’affaires du commerce de détail |
| ICC | INSEE | Trimestrielle | Historiquement tous baux commerciaux (usage résiduel depuis la loi Pinel de 2014) | Coût de la construction neuve à usage d’habitation |
La différence la plus significative entre l’ILAT et l’ILC tient à leur troisième composante. L’ILC intègre le chiffre d’affaires du commerce de détail, ce qui le rend sensible aux cycles de consommation. L’ILAT intègre le PIB, reflet plus large de l’activité économique tertiaire.
En revanche, l’ICC, encore mentionné dans certains baux anciens, ne reflète que le coût de la construction neuve. Depuis la loi Pinel du 18 juin 2014, il n’est plus l’indice de référence pour les révisions triennales des baux commerciaux portant sur des locaux tertiaires.
Lire également : Bail avec option d'achat : définition et fonctionnement

Coworking et ILAT : pourquoi l’activité réelle du locataire détermine l’indice
Un espace de coworking met à disposition des bureaux, des salles de réunion et des services associés. Il ne vend pas de marchandises au détail. Cette distinction a une conséquence directe : l’ILAT est l’indice cohérent pour un bail de coworking à usage de bureaux partagés.
Le raisonnement repose sur l’article L145-34 du Code de commerce et sur le décret n° 2011-2028 du 29 décembre 2011 qui a créé l’ILAT. L’indice couvre les activités tertiaires exercées dans des locaux soumis au statut des baux commerciaux ou à un bail professionnel, ce qui englobe les centres d’affaires et les espaces de travail partagé.
Le piège du bail mixte
Certains opérateurs de coworking proposent aussi de la restauration, de la vente de produits ou un espace événementiel ouvert au public. Si le bail mentionne une activité commerciale de détail en complément de l’activité tertiaire, le bailleur pourrait tenter d’appliquer l’ILC, plus volatil à la hausse en période de reprise de la consommation.
Le choix de l’indice doit correspondre à l’activité réellement exercée dans les locaux, pas à une activité secondaire ou accessoire. En cas de litige, un juge vérifiera la destination principale prévue au contrat et l’usage effectif. Préciser dans la clause d’indexation que l’activité principale relève du tertiaire (bureaux, services) protège le locataire contre un glissement vers l’ILC.
Clause d’indexation dans un bail de coworking : formule et points de contrôle
La formule de révision du loyer est la même quel que soit l’indice retenu :
Loyer révisé = Loyer en cours x (ILAT du trimestre de référence / ILAT du trimestre de base)
Le trimestre de base est celui fixé au départ du bail ou lors de la dernière révision. Le trimestre de référence est le dernier indice publié par l’INSEE au moment de la révision.
- Vérifier que le bail mentionne explicitement l’ILAT (et non l’ICC ou un indice générique) comme indice de référence pour la clause d’indexation.
- Identifier le trimestre de base inscrit au contrat : une erreur de trimestre décale tout le calcul et peut gonfler ou réduire la révision de plusieurs points.
- Contrôler la valeur de l’ILAT sur le site de l’INSEE (séries 001617112 et 001617113) avant d’accepter le montant proposé par le bailleur.
- S’assurer que la clause prévoit une indexation annuelle ou triennale, et non une indexation « libre » sans périodicité définie, ce qui pourrait être requalifié par un tribunal.
Pour un locataire de coworking qui signe un bail commercial classique, la révision triennale est plafonnée à la variation de l’ILAT (article L145-38 du Code de commerce). Le bailleur ne peut pas imposer une hausse supérieure à cette variation, sauf à démontrer un motif de déplafonnement prévu par la loi.

Évolution récente de l’ILAT : ce que les derniers trimestres changent pour la négociation
Après plusieurs trimestres de hausse marquée liée à l’inflation, l’ILAT a entamé une stabilisation depuis fin 2024. Cette inflexion modifie le rapport de force entre bailleur et locataire au moment de signer ou de renouveler un bail de coworking.
Quand l’indice progressait rapidement, les locataires subissaient des augmentations de loyer mécaniques, parfois déconnectées de la valeur locative réelle du marché. La stabilisation de l’ILAT réduit cet écart et ouvre une fenêtre pour négocier.
Deux leviers concrets de négociation
Le premier levier est le choix du trimestre de référence. En fixant un trimestre où l’ILAT était au plus haut comme base de départ, le locataire limite la marge de progression future. Le second porte sur la périodicité : une indexation annuelle lisse davantage les hausses qu’une révision triennale, qui peut accumuler plusieurs trimestres de forte progression avant de s’appliquer d’un coup.
Pour un opérateur de coworking dont les propres tarifs aux utilisateurs finaux évoluent mensuellement ou trimestriellement, une indexation annuelle du bail commercial permet de mieux synchroniser les charges locatives avec les revenus.
Contestation d’une révision de loyer indexée sur le mauvais indice
Si un bail de coworking prévoit une indexation sur l’ICC alors que l’activité relève du tertiaire, le locataire peut contester la révision. La loi Pinel a rendu l’ICC inapplicable aux révisions triennales des baux portant sur des bureaux et locaux d’activité tertiaire.
La même logique s’applique si le bailleur utilise l’ILC pour un local exclusivement dédié au coworking. Un indice non conforme à l’activité exercée fragilise la clause d’indexation, qui peut être déclarée non écrite par un juge.
Avant de signer, un locataire a intérêt à faire relire la clause d’indexation par un conseil spécialisé en baux commerciaux. Le coût de cette vérification reste marginal comparé à l’impact financier d’une indexation mal calibrée sur toute la durée du bail.
La stabilisation récente de l’ILAT, combinée au cadre posé par la loi Pinel, donne aux locataires d’espaces de coworking un socle juridique solide pour négocier. Le point de départ reste toujours le même : vérifier que l’indice inscrit au contrat correspond à l’activité réelle des locaux, et contrôler chaque révision avec les données publiées par l’INSEE.

