La gare de Rennes : comment son histoire a façonné la ville

Point d’accès majeur, la gare de Rennes n’est pas que le lieu où l’on prend son train. Tout au long de son histoire, elle a activement participé au développement de la ville et a modifié le visage de Rennes en profondeur.


 

Des choix surprenants



 

C’est en 1857 que la gare de Rennes a été inaugurée. Elle marque l’arrivée du chemin de fer dans la ville et l’ouverture de cette ville bretonne vers les autres régions françaises. Jusqu’alors, on ne pouvait relier Rennes aux autres cités que par la route. À présent, Paris est à 10h et le voyage se déroule dans les meilleures conditions pour l’époque. C’est aussi un équipement stratégique pour moderniser la ville et offrir aux troupes militaires des terrains faciles d’accès pour protéger le territoire et plus généralement Paris qui s’est ainsi grandement rapprochée.

L’idée de construire cette gare a germé près de dix ans plus tôt. En 1846, le projet se met en place mais il faut attendre plusieurs années avant de décider l’emplacement de celle-ci. La ligne Paris-Rennes est validée dès 1844, la ligne Chartres-Rennes est entérinée dès 1848. Construire une gare à Rennes est donc incontournable. Il est alors temps de choisir le lieu où sera érigé le bâtiment.

On pense d’abord à la construire en ville, au nord de la Vilaine. Les élus privilégient la rue des Fougères ou l’avenue Aristide-Briand, des sites non loin du centre-ville et de l’hôtel de ville, bref de la vie urbaine. Mais les habitants craignent les nuisances liées au passage des trains. Mais ce projet ne satisfait pas les différents ingénieurs des Ponts-et-Chaussées qui eux envisagent un site en pleine campagne, au sud de la ville.

Ils mettent en avant un lieu-dit au sud : la Lorette, sur les poudrières. Cette surface n’est pas habitée et seules deux casernes militaires y sont présentes. L’espace y est encore vierge et sauvage. Il se situe à plus d’un kilomètre du centre, « loin de tout ».

Jusqu’alors, les constructions ne se faisaient qu’au nord de la Vilaine. Le centre-ville s’est ainsi développé de manière logique autour du fleuve. On y trouve tous les bâtiments publics, les commerces et les habitations.

Le projet est donc une nouveauté qui aura un impact fort sur le développement de la cité rennaise.

 

L’impact de la gare sur la ville de Rennes



 

Construire dans un lieu aussi désert implique une remise en question de l’urbanisation et des réflexions pour savoir comment créer des axes de liaisons mais aussi « remplir » ces espaces qui vont - et qui doivent - grâce à la présence du train immanquablement se développer. Le projet d’urbanisme est pris en charge par le maire Ange de Léon qui va devoir repenser cette partie pour créer un espace de vie sans faute. Il faut imaginer des voies d’accès entre le centre-ville et la nouvelle gare. Il faut également combler les espaces avec des constructions utiles.

Dès 1861, soit quatre ans après l’inauguration de la gare, apparaissent différents axes : l’avenue de la gare - aujourd’hui avenue Janvier - qui sera l’axe majeur de cette époque, ainsi qu’une artère desservant l’est, le boulevard Laennec. Côté ouest, l’actuel boulevard de la Tour d’Auvergne - ancienne avenue Napoléon III - est créé. C’est aussi à cette époque que sont construits le boulevard du Colombier et le Champ de Mars, connu aujourd’hui sous le nom d’esplanade Ch. De Gaulle.

Des travaux de comblement sur le bras sud du fleuve sont également entrepris.

C’est donc un tout nouveau plan qui se met en place autour du bâtiment ferroviaire néoclassique. Un hôtel voit le jour pour accueillir les visiteurs, juste face à la gare. Il marque le début d’un développement urbain important.

 

Le quartier de la gare, un pôle très attractif



 

Rapidement, deux lignes de tramways desservent la gare et permettent de rejoindre le lieu depuis le faubourg des Fougères et le cimetière au nord. Mais même si quelques habitations prennent place, ce n’est qu’avec l’arrivée des ateliers de Rennes que le développement prend son essor.

En 1865, les Ateliers de la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest s’installent entre les quartiers Quineleu et Saint-Hélier. Ces entreprises se développent et des agrandissements vont avoir lieu dès 1868. À cette date, pas moins de 18 bâtiments sont présents et plus de 13 000 ouvriers viennent chaque jour.

On construit également un dépôt de voitures pour transporter les voyageurs.

Ce nouveau pôle économique attire. Le prix des terrains reste très raisonnable et des ouvriers décident de s’y installer. Plusieurs habitations voient ainsi le jour. Et pour permettre à celles-ci d’être viables, des commerces commencent à s’implanter. On aménage les prairies Saint-Georges - aujourd’hui quartier du Vélodrome - et la population afflue vers ces terres nouvellement occupées.

La gare devient le centre de Rennes et son quartier est un espace privilégié pour les investisseurs. Au fil du temps, différents organismes s’installent. Ainsi, dès 1863, le centre pénitenciaire pour femme est construit non loin. Plus tard, apparaissent l’Hôtel des impôts, la CAF, différentes écoles et collèges…

Le lieu connaît un nouveau développement important à la fin des années 1980. L’arrivée du TGV marque un nombre de voyageurs de plus en plus conséquent. L’ancienne gare ne suffit plus et il est important de moderniser l’espace pour suivre l’évolution ferroviaire au mieux. On remodèle en 1992 le visage de la gare avec un urbanisme fonctionnel - on crée un vaste parking par exemple. L’ancien bunker construit lors de la Seconde Guerre mondiale sera détruit.

À présent, la gare n’est plus hors de la ville mais en plein cœur. La nouvelle gare est considérée comme une passerelle entre le nord et le sud. Une station de métro est ouverte au début des années 2000, ouvrant encore plus la gare vers le reste de la ville.

Mais la gare n’a pas fini de transformer le visage de la ville. Les parvis nord et sud offrent de nouveaux sites aux habitants. Le parvis nord met en avant la nature avec des pentes douces occupées par une végétation épurée. Cette colline paysagère offre un poumon vert à la ville et dissimule avec élégance les rails. Le parvis sud - place Bienvenue - est lui construit comme un salon extérieur où l’on se détend et sirote un verre sur une des terrasses présentes. On renforce les liaisons entre le centre-ville et l’espace gare en édifiant la passerelle Anita-Conti. C’est une promenade végétale qui s’ouvre alors aux Rennais et aux visiteurs. Elle dessert également la ZAC EuroRennes, dernier grand changement urbain.

Le lieu s’est au fil du temps transformé en véritable quartier de vie avec des cinémas, des commerces, mais aussi en quartier d’affaires avec ses 125 000 m² – on envisage d’en construire encore plus de 150 000 m² - de bureaux.  Il est devenu la locomotive du développement économique de la ville et tend à prendre une place de premier choix dans le cœur des Rennais avec des espaces verts et son urbanisme moderne et bien pensé.